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L'info passée au crible
C'est une décision inédite. Pas uniquement en France, mais dans toute l'Union européenne. Pour la première fois, l'application TikTok a été rendue inaccessible. Dans la soirée de ce mercredi 15 mai, le Premier ministre Gabriel Attal a annoncé une série de mesures visant à rétablir l'ordre en Nouvelle-Calédonie après trois jours d'intenses affrontements, dont l'interdiction d'accéder au réseau social chinois. Nous avons donc voulu savoir ce qui lui était reproché.
Interrogée à ce sujet ce vendredi 17 mai, la députée Maud Bregeon a défendu cette mesure. Sur BFMTV, la porte-parole du parti présidentiel a rappelé que les réseaux sociaux "jouent un rôle dans l'embrasement et la prolifération de la violence". De fait, dans un rapport d'information sur les émeutes survenues en juin 2023 en France, les sénateurs soulignaient qu'à l'époque, les plateformes avaient "considérablement amplifié la couverture médiatique des événements". Si bien que "près de 15%" de l'activité totale des réseaux sociaux pendant la période des émeutes concernaient les violences.
"Preuve de leur influence dans la diffusion des violences, l'évolution volumétrique du contenu en ligne associé aux émeutes a légèrement précédé celle des épisodes émeutiers", soulignait le rapporteur, le sénateur (LR) François-Noël Buffet.
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En cause, la recherche par les internautes d'une "dimension ludique" à ces violences. "Alimentée par ces plateformes, la concurrence exacerbée entre les groupes d'émeutiers s'est traduite par une recherche effrénée de viralité des images d'exactions sur les réseaux sociaux", écrivait l'élu, "parfois au prix de mises en scène sensationnalistes et décalées, parfois même en relayant des vidéos trompeuses empruntées à d'autres événements".
Sauf que nos recherches n'ont pas permis d'identifier ce phénomène dans les affrontements qui agitent l'île après le vote de la réforme constitutionnelle du corps électoral local. Sur TikTok, les vidéos les plus partagées ces derniers jours sont majoritairement des appels à se mobiliser. On trouve également des vidéos d'élus critiques vis-à-vis de la gestion politique de ce dossier, ou quelques comptes qui vilipendent "le néo-colonialisme" français. Des éléments que l'on trouve sur tous les autres réseaux sociaux.
Alors pourquoi Gabriel Attal a-t-il décidé d'interdire la plateforme ? Le chef du gouvernement ne l'a pas précisé, pas plus que le représentant de l'État sur place, Louis Le Franc. Au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi matin, le haut-commissaire sur le territoire français du Pacifique n'a rien dit des motifs justifiant cette interdiction. L'AFP cite quant à elle une décision qui vise à "limiter notamment les contacts entre émeutiers".
Interrogé par TF1info, le cabinet du Premier ministre a refusé de nous transmettre des exemples concrets des contenus jugés problématiques. Du côté de TikTok France, l'entreprise confirme n'avoir reçu "aucune demande ou question, ni sollicitation de retrait de contenu, de la part des autorités locales ou du gouvernement français".
Reste que l'utilisation de TikTok pose également une autre question : celle du rôle insidieux de la Chine. Car on le sait, l'entreprise ByteDance, propriétaire du réseau social, est "entrelacée" avec le gouvernement chinois. "TikTok offre à Pékin la capacité latente d'armer la plateforme en supprimant, en amplifiant et en calibrant les récits", comme l'avaient souligné des chercheurs australiens dans une enquête à ce sujet publiée en avril 2023. Or, Paris craint depuis le premier jour des émeutes une instrumentalisation a posteriori des scènes de violence.
Dans un moment aussi critique que celui-là, Pékin pourrait donc être tenté de passer par le réseau social pour étendre son influence en Nouvelle-Calédonie. Une île que la Chine courtise depuis plusieurs années. En octobre 2021 déjà, l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire notait l'existence d'opérations chinoises grandissantes sur ce territoire situé à 17.000 kilomètres de Paris, soulignant "qu'une Nouvelle-Calédonie indépendante serait de facto sous influence chinoise", permettant à Pékin d'étendre son pouvoir dans la zone Pacifique.
Pour autant, à l'heure actuelle, le rôle du réseau social chinois dans ces violences reste à prouver. Ce qui explique que la décision d'en limiter l'accès fait grincer des dents jusque dans les rangs de la ma...
[Courte citation de 8% de l'article original]